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Télés bébés : les tout petits ne lui diront pas merciConscients des risques psychiques de la télévision pour les moins de 3 ans, Christine Albanel et le CSA ont décidé de ne (presque) rien faire. De quoi conforter les parents qui ont adopté le petit écran comme nounou.
L'avantage des enfants de moins de trois ans, c'est qu'ils ont la mémoire courte. Quand le gouvernement annonce qu'il va les protéger contre les «baby tv» et que, trois mois après, il n'a rien fait, les bambins ne vont pas manifester. En mai dernier, Christine Albanel avait lancé un «cri d'alarme» sur BFM sur les dangers du «matraquage de sons et d'images» des chaînes Gulli, Tiji et autres Baby TV, destinées aux enfants de 6 à 36 mois. La ministre de la Culture appelait les parents à la méfiance et promettait d'en parler «très vite» avec les diffuseurs.
Réagissant à ce cri d'alarme, le Conseil supérieur de l'audiovisuel avait convoqué des experts dont la diagnostic fut formel : la consommation de télévision chez les moins de trois ans favorise «la passivité, les retards de langage, l'agitation, les troubles du sommeil et de la concentration». N'écoutant que son courage, le CSA a décrété, le 22 juillet, que les programmes spécialisés n'étaient pas interdits mais qu'ils ne devaient «pas être diffusés et présentés à l'antenne comme spécifiquement destinés aux moins de trois ans». La télé pour les tout petits serait si dangereuse que, pour éviter les dégâts, il conviendrait simplement de ne pas lui faire trop de publicité. Devant la télé, les adultes sont aussi de grands enfants Autre gage d'inefficacité : deux des quatre chaînes spécialisées disponibles en France (Baby TV et Baby First émettent depuis l'Angleterre et n'ont que faire du règlement du CSA. Quitte à prendre une décision sans effet, le gouvernement aurait pu la prendre plus tôt, en s'appuyant par exemple sur le rapport de la Direction générale de la santé publié en avril dernier, qui avait suscité l'émotion de Mme Albanel. Ce texte «se prononçait» déjà contre ces chaînes spécialisées, «déconseillait» la télé jusqu'à 3 ans et «appelait à la méfiance» pour les plus âgés. Le pédopsychiatre Serge Tisseron interrogé par le site Yapaka.be sur l'impact de la télévision sur les moins de 3 ans
Un avis largement partagé puisque la pétition «contre la fabrique des bébés téléphages» lancée en octobre dernier compte déjà près de 30.000 signatures. Parmi les initiateurs, le psychanalyste Serge Tisseron mène une vive campagne s'appuyant sur des études prouvant, notamment, que la télévision retarde l'apprentissage du langage et tend à couper l'enfant des expériences sensorielles, interactions humaines et activités motrices nécessaires à son développement. Sans parler du risque que les petits ne développent vis-à-vis de l'écran «une relation d'attachement qui les "scotchent" indépendamment de tout contenu.»
Du CSA aux associations de protection de l'enfance, chacun met un point d'honneur à interpeller les parents qui, en quête de tranquillité, pourraient être tentés d'adopter les «baby tv» comme nounous. Mais peut-on faire confiance à des Français qui passent en moyenne 3 heures par jour devant la télé quitte à se couper, eux-mêmes, des expériences sensorielles, interactions humaines et activités motrices nécessaires à leur développement ? Dans ce clip anglais de la chaîne Baby TV destiné aux parents, les programmes sont présentés comme «un environnement sûr et divertissant de développement et de découverte» pour les bambins de moins de 3 ans censé «inspirer, stimuler et valoriser la connaissance».
Les producteurs sont sûrs de leur fait : Gulli met en avant son «comité d'éthique» présidé par le pédopsychiatre Marcel Ruffo pendant que Baby TV donne un cours de pédagogie vulgarisée dans lesquels la chaîne devient un lien familial et les programmes des stimulations de la «pensée créative». Experts en pagaille, vulgarisation scientifique… de vraies méthodes de publicitaires pour promouvoir les mérites de ces chaînes dont l'argument massue est justement l'absence de pub. Une preuve de moralité pour les parents : «pas de pub, pas de bourrage de crâne».
Mais, comme le remarque justement la pétition contre la fabrique de bébés téléphages, «les publicistes se rattraperont après» : habitués à la présence de l'ami écran, les petits spectateurs ne donneront que plus d'importance aux produits qu'il lui vantera demain dans les spots de pub. La télévision de la société de consommation a besoin d'un conditionnement précoce. Le matraquage publicitaire des adultes ne suffit pas. Il n'est jamais trop tôt pour préparer le temps de cerveau disponible des futurs acheteurs. Mercredi 20 Août 2008 - 07:46
Sylvain Lapoix
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