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Medvedev offre une victoire diplomatique au «président de l'Europe»Par Malakine, qui ne croit pas une seconde aux titres de journaux du jour, flatteurs pour Nicolas Sarkozy. Selon lui, il n'y a pas réellement eu de négociations entre la Géorgie et la Russie. Et Nicolas Sarkozy n'est pas intervenu au nom de l'Europe, mais en temps que Président de la France.
Le Figaro se faisait ce matin dithyrambique pour saluer l'action de Nicolas Sarkozy dans la résolution du conflit ossoto-géorgien en titrant «Sarkozy obtient un accord entre Russes et Géorgiens». L'article de compte rendu saluait même «une opération de sauvetage diplomatique dont il a le secret» ! La phrase a néanmoins été supprimée de l'édition internet, ce qui peut se comprendre tant l'apport concret du français dans l'avancée des négociations reste mystérieuse.
Les images diffusées de la conférence de presse avec le président Medvedev étaient claires. Quand Sarkozy insistait sur la souveraineté de la Géorgie, Medvedev en appelait à l'auto-détermination des républiques séparatistes, faisant explicitement référence au précédent du Kossovo. A Tbilissi, Saakachvili tenait à ôter du texte de l'accord toute ambiguïté quant à l'intégrité territoriale de la Géorgie. La négociation du plan de paix n'a donc pas fait avancer d'un iota le dossier sur le plan politique. Le conflit territorial reste donc entier, aussi compliqué et aussi insoluble qu'il y a 15 ans lors de sa première manifestation.
Des Russes pas en état de négocier
Sarkozy a-t-il donc au moins obtenu un cessez le feu, comme on serait tenté de le croire à la lecture des titres des journaux ? Pas d'avantage. Medevdev a annoncé dès lundi après midi la fin «des opérations visant à contraindre la Géorgie à la Paix». Les russes n'étaient en tout état de cause pas en état de négocier quoi que ce soit. Leur suprématie militaire était telle qu'ils ne pouvaient pas ne pas aller jusqu'au bout de leur contre-offensive pour mettre à genou leur turbulent voisin et le priver de tout moyen de négocier. Moscou n'a rien concédé, ni rien obtenu. Tbilissi non plus. Pas plus que la communauté internationale, qui semble définitivement dessaisie de ce conflit territorial. Alors, quel était donc l'objet de cette mise en scène ? Pour la Russie, l'intérêt est évident. Il s'agissait d'adoucir l'image de l'ours russe en colère qui piétine un caniche un peu trop pénible. En faisant mine de s'asseoir à une table de négociation – même si c'est pour ne rien négocier du tout – la Russie s'achète une conduite en apparaissant comme une nation, sûre de sa puissance (terrifiante ajouteraient certains) mais raisonnable. Mais pourquoi choisir Sarkozy, plutôt que Javier Solana, qui est pourtant officiellement « le chef de la diplomatie européenne » et à qui Medvedev avait réservé la primeur de son annonce de fin des hostilités ? Pourquoi le président du conseil européen plutôt que l'ambassadeur de l'OSCE ou tout autre émissaire envoyé par un pays amis ou neutre, ukrainien, allemand ou arménien ?
L'appel des caméras ou victoire offerte sur un plateau?
Certains mauvais esprit contaminés par l'anti-Sarkozysme ambiant n'hésiteraient pas à affirmer que Sarko n'a pas pu résister à l'appel des caméras et qu'il a fait des pieds et des mains pour être sur la photo au moment du cessez le feu. Ça fait toujours bien sur un CV… Il avait pourtant plus à perdre qu'à y gagner. Il risquait de se fâcher avec son ami Georges Bush qui lui a formellement déconseillé de se rendre à Moscou, comme de perdre la face, si d'aventure la Russie, emmenée par ses ultras, décidait de pousser l'offensive jusqu'à Tbillissi pour se débarrasser du «criminel de guerre» géorgien. L'hypothèse qui vient alors à l'esprit, est que le Kremlin a fait une fleur à Sarkozy en lui offrant sur un plateau, une belle «victoire diplomatique» : un geste lourd de signification géopolitique. En choisissant le président du conseil européen plutôt que le ministre des affaires étrangères, elle privilégie ainsi l'Europe des nations, celle qui a eu son heure de gloire en 2003 avec l'axe Poutine – Schröder – Chirac au moment de la guerre d'Irak, plutôt que l'Europe communautaire avec laquelle elle n'a jamais réussi à s'entendre pour faire quoique ce soit.
Contre les Etats-Unis, pour la puissance
En invitant le plus américanophile des chefs d'Etat à conclure avec elle un accord, contre l'avis du maître de la maison blanche, elle renvoie un peu plus les Etats-Unis de l'autre coté de l'atlantique, laissant Bush et Condoleeza Rice se ridiculiser en parlant dans le vide sans que personne ne prenne attention à leurs menaces. En choisissant Sarkozy, connu pour son goût du rapport de force, son franc parler (et ses mauvaises manières), elle favorise l'émergence d'une diplomatie de la puissance, entre grandes nations et «grandes gueules» Cet accord ouvre en fait la voie à une résolution du conflit territoriale «à la Kossovarde», avec une reconnaissance des nouveaux États par seulement quelques grands pays européens, sans procédure internationale. En optant pour l'union européenne, elle humilie «les atlantistes de la baltique» réduits à manifester piteusement leur soutien à Saakachvili en défilant sur une tribune lors d'un meeting de soutien et leur rappelle que leur rêve occidental d'Europe et d'Otan n'est pas ce qu'ils croyaient.
Sarko a laissé son costume européen au vestiaire
Cette guerre et sa conclusion diplomatique risquent de changer profondément la donne géopolitique en Europe. Le mythe de la politique «occidentaliste» poussée par les américains avec l'aide de quelques satellites d'Europe orientale qui recherchait un «containment» de la Russie, s'est évanoui avec l'absence totale de soutien dont la Géorgie a pu bénéficier de la part de ses prétendus alliés «occidentaux». Le mirage de l'Europe politique à 27 s'est dissipé par la même occasion, car c'est bien le Président de la République française qui négociait à Moscou, pas le Président de l'Europe. Imaginait-on la Russie négocier avec le Président lituanien ? Les nations européennes se sont d'un coup libérées des tutelles américaines et bruxelloises, comme des institutions internationales multilatérales et des jeux d'alliance classiques, ouvrant ainsi une nouvelle ère de la diplomatie ; la diplomatie des «grandes nations». Pour accéder au blog de Malakine, cliquez ici. Jeudi 14 Août 2008 - 09:08
Malakine
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