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Hommes de main et mines chinoises : fiction ou réalité ?Notre envoyé spécial Luc Richard effectue un périple à travers la Chine profonde à l'heure des J.O. Aujourd'hui, il raconte la misère des mines chinoises, plus ou moins légales. Et révèle un scandale macabre.
(Photo cc-Lhoon-Flickr)
Dans le récit qu’il fait de son arrestation et des mesures prises pour l’empêcher de se rendre à Pékin, notre blogueur Zola, alias Zhou Shugang, évoque la présence de gardes de sécurité d’une compagnie minière – celle où son père travailla treize ans plus tôt. Certains internautes ont mis en cause la véracité ou la cohérence du récit de Zola en raison de l’irruption de ces salariés d’une compagnie minière. Cette histoire d’hommes de main, agissant en lieu et place de la police, leur a semblé louche, fantaisiste, invraisemblable.
Cela n’a pourtant rien de très surprenant au regard de la réalité chinoise. Pour qui s’intéresse à cet aspect de la Chine, il semble nécessaire de faire une mise au point. Que se passe-t-il vraiment dans ces houillères qui sont les plus dangereuses du monde (20 000 morts par an selon les estimations d’organismes hongkongais) ? L’excellent film chinois Blind shaft, l’un des deux ou trois meilleurs films chinois ces dix dernières années, a quasiment une valeur documentaire sur la question. L’atmosphère et la réalité sociale qui y sont décrites sont extrêmement proches de la réalité. L’histoire : deux anciens paysans, devenus mineurs par nécessité, sont prêts à tout pour gagner de l’argent. Le stratagème qu’ils mettent en place fait froid dans le dos : ils attirent d’autres paysans, qu’ils réussissent à convaincre de se faire embaucher avec eux dans de petites entreprises privées semi clandestines. Lors de l’embauche, ils font croire au patron de la mine que le pigeon est l’un de leur proche parent. Puis, le moment venu, ils l’assassinent au fond du puits en maquillant le meurtre en accident. Faisant valoir leurs liens de parenté, ils réclament au patron de la mine quelques dizaines de milliers de yuans (1 yuan = 0,1 €), pour dédommager la famille. En contrepartie de la somme, ils gardent le silence sur les effroyables conditions de sécurité et de travail. L’argent en poche, ils recommencent le même stratagème dans une autre mine. Dans ces régions du Henan ou du Shanxi, mais aussi dans de nombreuses autres provinces chinoises, il y a des milliers de mines privées et/ou illégales comme celle de Blind Shaft. Dès que l’on s’en approche, on peut remarquer la présence de gros bras en surveillance. Que cette forme de pègre travaille main dans la main avec la police ou les autorités locales n’a rien de très surprenant : dans certaines régions chinoises, l’État de droit est devenu une pure fiction. Le scandale des briqueteries du Shanxi, en mai 2007, où des centaines de paysans (dont des enfants et des handicapés mentaux) avaient été piégés et réduits en esclavage est particulièrement éloquent. Le journaliste chinois Li Datong a livré sur cette histoire une analyse dans laquelle il explique comment les perspectives faramineuses de profits rapides suscitent des collusions mafieuses entre industriels du charbon et responsables du Parti communiste. Le scandale des mines clandestines
Peu après le scandale des briqueteries, Shi Yanlin, le chef du district de Hongtong, avait été démis de ses fonctions, ainsi que l’ensemble du gouvernement local. Mais l’homme n’était en poste que depuis deux mois et n’avait pas de responsabilité manifeste dans cette affaire. En réalité, il payait pour un autre responsable, Gao Hongyuan, secrétaire local du Parti en poste depuis plusieurs années et couvert par ses supérieurs. Celui-ci est finalement tombé en novembre 2007, dénoncé pour avoir vendu illégalement des bâtiments publics à des responsables locaux de l’industrie minière. Mais moins d’un mois plus tard, éclatait un nouveau scandale : 105 personnes trouvaient la mort lors d’un coup de grisou dans une mine du district de Hongtong. Les dirigeants de cette mine avaient rouvert clandestinement un secteur interdit pour leur profit exclusif. Les 105 morts incluaient une partie de la première équipe de sauveteurs, qui succombèrent aux contrecoups de l’explosion. La direction de la mine avait d’abord tenté de dissimuler l’accident en forçant des mineurs sans expérience à porter secours aux premières victimes. Les patrons (deux frères) furent rattrapés après une brève cavale, et 35 responsables et officiels locaux arrêtés dans le cadre de l’enquête diligentée par Pékin. En moins de quelques mois, on apprenait ainsi que les deux gouvernements successifs du même district avaient trempé dans ces scandales macabres… Les dessous de cette histoire inédite, que nous rapportons aujourd’hui pour marianne2.fr, nous avaient alors été rapportés par une source très proche des autorités du Shanxi.
Ces cas rapportés dans le Shanxi ou le Henan sont certes extrêmes, mais pas si exceptionnels. Dans certaines régions de Chine, les cadres locaux du gouvernement, la police, les officiels du Parti communiste ne travaillent pas main dans la main avec la pègre ou la mafia. Ils forment en réalité la première structure du crime organisé. Ils sont la pègre. Et ceux-ci sont souvent protégés par les échelons supérieurs du pouvoir. Dans le Shanxi, selon ce que nous avait alors rapporté Jean-Luc Domenach, la totalité des cadres de niveau provincial possèdent des participations dans les mines privées de la province — les plus dangereuses et les plus rentables. Le Shanxi est par ailleurs connu comme l’une des provinces les plus pauvres de Chine et celle qui compte peut-être le plus grand nombre de millionnaires du pays. Zola ne déraisonne pas. La réalité est parfois pire que la fiction. Dimanche 17 Août 2008 - 12:29
Luc Richard
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